Poulailler en palettes : ce que la palette tient, et ce qu'elle ne tient pas

La palette est gratuite, elle est partout, et elle a déjà la forme d'un mur. On comprend l'idée. Ce qui suit n'est pas un plan de montage : c'est ce qu'il faut savoir avant de scier la première, parce que trois choses se décident à ce moment-là et ne se rattrapent plus après.

Lisez le marquage avant de scier

Une palette qui a voyagé à l'international porte une marque au fer ou au pochoir sur ses dés latéraux : un épi de blé stylisé, le code du pays, le numéro du fabricant, et surtout deux lettres qui disent comment le bois a été traité. C'est la norme NIMP 15, celle qui empêche les insectes de traverser les frontières dans le bois d'emballage.

Deux codes existent, et un seul vous intéresse.

Code Traitement Pour un poulailler
HT Traitement thermique : le bois est monté à 56 °C à cœur pendant au moins trente minutes Sans problème. Rien n'a été ajouté au bois, il a seulement chauffé
MB Fumigation au bromure de méthyle À écarter. C'est un produit chimique, appliqué au gaz sur toute la masse du bois

Bonne nouvelle : le bromure de méthyle est interdit dans l'Union européenne depuis le 18 mars 2010, y compris pour les traitements avant expédition. Le traitement thermique est le seul autorisé aujourd'hui. Les palettes marquées MB existent encore, mais elles ont plus de quinze ans et elles sont devenues rares. Vous en croiserez surtout si vous récupérez du très vieux stock ou du matériel venu de loin.

La règle tient en une ligne : si vous lisez MB, vous passez votre chemin. Il n'y a rien à négocier, et il y a assez de palettes disponibles pour ne pas insister.

Une palette sans marquage n'est pas un mauvais signe

Beaucoup de palettes ne portent aucune marque. Ce n'est pas un défaut : la norme NIMP 15 ne s'applique qu'au bois qui franchit une frontière. Une palette qui n'a circulé qu'en France n'a aucune obligation de traitement, donc son bois est brut, non traité, et c'est exactement ce que vous voulez.

Autrement dit, une palette sans marque et une palette HT se valent pour un poulailler. C'est la marque MB, et elle seule, qui disqualifie.

Ce qu'elle a transporté compte plus que son traitement

Le bois de palette est brut, donc poreux. Il absorbe ce qui coule dessus, et une fois absorbé, rien ne le fait ressortir : ni le brossage, ni le lavage, ni le ponçage, qui n'enlève qu'un dixième de millimètre.

Il n'y a pas de test à faire, seulement un réflexe : une palette tachée, huileuse ou qui sent quelque chose ne va pas dans un poulailler. Une auréole sombre au milieu d'une planche n'est pas de la patine. Reposez-la, prenez-en une autre, elles ne manquent pas.

Le vrai problème du bois de palette, ce sont les fentes

Planche de bois usée et fendue sur sa longueur, l'abri préféré du pou rouge

C'est le point que presque personne ne mentionne, et c'est le plus important des cinq.

Une planche de palette est un résineux séché vite, cloué serré, manipulé au chariot pendant des années. Elle est fendue sur la longueur, éclatée aux extrémités, et pleine d'interstices entre les lames. Le pou rouge passe sa journée exactement là. Il ne vit pas sur la poule, il vit dans le bois, il en sort la nuit pour piquer et il y retourne avant l'aube. Une fente d'un millimètre lui suffit, et un poulailler entier construit dans ce bois lui offre plusieurs centaines de cachettes.

Ça ne condamne pas le projet, mais ça change la façon de le mener. Les parois se posent lames jointives, faces lisses vers l'intérieur, les fentes visibles se rebouchent, et l'intérieur reçoit une peinture ou une lasure qui ferme le bois plutôt que de le laisser respirer. Un poulailler industriel a moins de fentes qu'un poulailler en palettes : c'est le prix réel du bois gratuit, et il se paie en temps de traitement, pas en euros. Nous avons détaillé le cycle de l'infestation et ce qui en vient à bout dans notre article sur les poux rouges du poulailler.

Vingt-deux millimètres de résineux, dehors

Une palette Europe fait 1 200 sur 800 millimètres, 144 de haut, et pèse entre 22 et 27 kilos. Ses planches de dessus mesurent 22 à 24 millimètres d'épaisseur, il y en a cinq, posées sur neuf dés.

Vingt-deux millimètres de résineux brut, c'est solide pour une paroi verticale à l'abri du toit. C'est fragile partout ailleurs. Deux conséquences pratiques :

  • Rien ne touche le sol. Une planche posée sur la terre boit l'humidité par le bout et pourrit en deux hivers, en commençant par l'intérieur, là où vous ne le voyez pas. Le poulailler se surélève, sur des parpaings, des plots ou des pieds.
  • Le toit ne se fait pas en palettes. Une palette n'est pas étanche, elle est faite d'un assemblage de lames avec du jour entre elles. Il faut un support continu et une couverture par-dessus.

Les cotes ne changent pas parce que le bois est gratuit

La tentation, quand on construit soi-même, est de dimensionner sur la palette : deux palettes de large, ça tombe juste. C'est le bon moyen de se retrouver avec un abri trop petit ou un perchoir trop bas.

Les repères sont les mêmes que pour un modèle acheté : 0,25 à 0,33 mètre carré par poule pour l'abri de nuit, 20 à 25 centimètres de perchoir par tête, et un mètre carré de parcours par poule, un et demi pour être à l'aise. Une palette Europe fait 0,96 mètre carré au sol : deux palettes côte à côte donnent donc de quoi loger cinq à sept poules pour la nuit, pas davantage. Le détail des hauteurs, des sections et des dégagements est dans notre article sur les cotes que les plans ne donnent pas, et le barème complet du troupeau dans celui sur combien de poules au mètre carré.

Ce que la palette fait bien

Elle fait très bien les parois : verticales, protégées par le débord du toit, sans effort de flexion. Elle fait bien le plancher, à condition qu'il soit surélevé et que vous posiez un panneau plein par-dessus pour supprimer les jours. Elle fait bien la structure de l'enclos, les dés servant de poteaux déjà dimensionnés.

Elle ne fait pas le toit, elle ne fait pas les portes, et elle ne fait aucune des pièces mobiles.

Les trois pièces qu'on ne bricole pas

C'est la partie honnête du sujet. Vous pouvez fabriquer la caisse, le plancher et le cadre de l'enclos. Trois choses vous résisteront, et ce ne sont pas des questions d'habileté.

  • La trappe qui se ferme seule. Une trappe en bois se scie en dix minutes ; ce qui coûte, c'est de ne plus avoir à être là au coucher du soleil. Le mécanisme se règle au capteur de lumière ou à la minuterie, il tient l'hiver dehors, et il ne s'improvise pas dans un garage.
  • La mangeoire que le rat n'ouvre pas. C'est celle qui trompe le plus de monde. Le système à pédale se règle au gramme : assez souple pour qu'une poule de deux kilos l'ouvre, assez ferme pour qu'un rat de trois cents grammes n'y arrive pas. Cette fenêtre est étroite, et c'est elle qui rate quand on bricole un couvercle à contrepoids.
  • Le pondoir qui protège l'œuf. Un nid en caisse, c'est facile. Un fond incliné qui fait rouler l'œuf hors d'atteinte dès qu'il est pondu, c'est ce qui empêche la poule de le casser, de le picorer et d'y prendre goût. Une fois qu'une poule mange ses œufs, on ne l'en fait plus revenir.

Par où commencer

Dans l'ordre : ramassez plus de palettes que nécessaire, écartez celles qui portent MB et celles qui sont tachées, laissez-les sécher un mois à l'abri, et démontez-les avant de dessiner quoi que ce soit. Vous saurez alors combien de planches saines vous avez réellement, et c'est ce nombre qui décide de la taille de l'abri, pas l'inverse.

Et si le projet vous semble finalement lourd, la comparaison mérite d'être faite honnêtement : nous l'avons posée dans notre article sur le poulailler plastique face au poulailler en bois.