Protéger ses poules du renard

Une seule nuit suffit. Le renard n'a pas besoin d'un défaut spectaculaire, il lui faut un point faible de quelques centimètres et il finit par le trouver. Voici comment il opère, et ce qu'il faut traiter pour qu'il reparte bredouille.

Le renard ne passe pas au hasard

Il chasse surtout au crépuscule, la nuit et à l'aube, et il repère les lieux plusieurs jours avant de tenter quoi que ce soit. Un renard qui traverse le jardin en plein après-midi n'est pas une anomalie : au printemps, quand il nourrit ses petits, il chasse aussi de jour. Deux périodes sont plus tendues, le printemps et le cœur de l'hiver, quand les proies sauvages manquent.

Un point surprend les débutants : un renard entré dans un poulailler tue bien plus qu'il ne peut emporter. Le comportement s'observe face à des proies enfermées, qui s'agitent sans pouvoir fuir. Une intrusion unique peut donc coûter tout un troupeau.

Renard roux couché dans l'herbe haute d'une prairie, à l'affût

Trois voies d'entrée, et une seule suffit

Un enclos est sûr quand les trois sont traitées, vulnérable dès qu'il en reste une.

Le dessous : il creuse

La voie la plus empruntée. Il gratte au pied du grillage, là où la terre est meuble. Un grillage simplement posé sur le sol ne protège de rien.

Le dessus : il grimpe et il saute

Il escalade un grillage à mailles larges comme une échelle. Une clôture de 1,20 m ne l'arrête pas, 1,50 m pas de façon fiable. Un enclos ouvert sur le ciel reste un enclos ouvert.

La porte : elle est restée ouverte

La cause la plus fréquente, et de loin. Un dîner qui s'éternise, un voisin qui oublie un soir pendant vos vacances, et la trappe reste levée. Le meilleur grillage ne compense pas une trappe ouverte.

Enterrer le grillage, ou poser une jupe à plat

Deux solutions, aussi efficaces l'une que l'autre. Le retour se pose vers l'extérieur, jamais vers l'intérieur.

  • L'enterrement en L. Creusez une tranchée de 30 cm au pied du grillage, faites-y descendre la maille, puis rabattez les 30 derniers centimètres à l'horizontale.
  • La jupe anti-fouisseur. Aucune tranchée : une bande de maille fixée au bas du grillage et posée à plat sur le sol, sur 40 à 50 cm, lestée de pierres ou couverte de terre.

La jupe est le choix par défaut sur sol caillouteux ou le long d'une dalle. Le principe est le même : il creuse au pied de l'obstacle, et quand il bute sur du métal il abandonne.

La maille : ce qui arrête un renard et ce qui ne l'arrête pas

Le grillage hexagonal à fil fin, dit « grillage à poules », retient les poules. Il n'arrête pas un renard : le fil se tord et le passage s'ouvre en quelques minutes. Un grillage qui garde les poules dedans n'est pas un grillage qui garde le renard dehors.

Poules rousses derrière un grillage hexagonal à fil fin, dit grillage à poules
Type de grillage Retient les poules Résiste au renard
Hexagonal fin, fil de 0,8 mm Oui Non
Soudé, maille 25 x 25 mm, fil 1,2 mm et plus Oui Oui
Soudé, maille 50 x 50 mm, fil 2 mm Oui En partie haute, à doubler en bas

La règle pratique : maille soudée de 25 mm sur le premier mètre depuis le sol, puis ce que vous voulez au-dessus. Pour la hauteur, comptez 1,80 m avec un retour incliné vers l'extérieur. Le plus tranquille reste l'enclos couvert, qui protège aussi des rapaces. Voir la rubrique enclos et protection.

La porte automatique, pour le cas le plus fréquent

La trappe oubliée étant la première cause d'attaque, c'est le premier poste à sécuriser. Une porte automatique se ferme seule à la tombée du jour et se rouvre au petit matin, sur horloge ou capteur de luminosité.

  • Le poids de la trappe. Une trappe légère se soulève au museau. Préférez une guillotine lourde ou verrouillée en position basse.
  • Le réglage de l'heure. Fermeture après la rentrée de la dernière poule, contrôlée de vos yeux les premiers soirs.
  • L'ajustement du cadre. Deux centimètres de jeu sur le côté suffisent à une patte, puis à une mâchoire.

Le reste de l'abri compte autant : planches jointives, plancher sain, ventilation en maille soudée. Voir la rubrique poulaillers.

Ce qui ne marche pas, et pourquoi

La plupart des astuces qui circulent reposent sur la peur. Sans conséquence réelle, la peur s'use vite chez un animal habitué aux villages.

  • L'urine humaine, les poils de chien, l'ail, le vinaigre. L'effet dure quelques nuits, le temps qu'il constate qu'aucune odeur ne s'accompagne d'un danger.
  • La radio allumée la nuit. Même accoutumance, plus un voisinage fâché.
  • Les répulsifs à ultrasons. Les retours de terrain sont inconstants.
  • La lampe à détection de mouvement. Elle surprend la première fois, plus du tout la troisième.
  • Le chien qui dort à l'intérieur. Un chien dehors et actif la nuit dissuade, un chien qui dort au chaud ne protège rien.

La ligne de partage : ce qui signale s'use, ce qui bloque ne s'use pas. C'est aussi pour cela que la clôture électrique fonctionne, bien posée et sous tension : elle délivre une conséquence, pas un signal.

Après une attaque : réparer d'abord, le cadre légal ensuite

Les réflexes du soir même

  • Comptez les survivantes et rentrez-les au fermé.
  • Faites le tour du grillage à la lampe, au ras du sol. Il y a toujours un passage, plus petit qu'on ne l'imagine.
  • Bouchez-le le soir même avec une planche ou des pierres, la réparation propre attendra le lendemain.
  • Isolez les blessées et montrez-les à un vétérinaire.
  • Ne laissez rien traîner dehors : cadavres, plumes, grain répandu.

Un renard qui a réussi revient, souvent dès la nuit suivante, au même endroit. La réparation ne peut pas attendre le week-end.

Le cadre légal : on ne régule pas un renard soi-même

Le renard est une espèce sauvage dont la régulation est encadrée. Selon les départements et les périodes, il peut figurer sur la liste des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts, fixée par arrêté. Sa destruction obéirait alors à des règles précises : piégeage réservé aux piégeurs agréés, tir relevant de la chasse.

En clair : ni piège, ni tir, ni poison de votre propre initiative. L'empoisonnement est interdit en toutes circonstances. En cas de dégâts répétés, le bon interlocuteur est votre mairie, puis la fédération départementale des chasseurs : eux seuls diront ce que l'arrêté en vigueur autorise chez vous. Ces règles varient et évoluent, vérifiez-les le moment venu. Le reste de vos obligations est dans notre guide de la réglementation du poulailler.

Le mémo en cinq points

  • Grillage enterré en L sur 30 cm, ou jupe à plat sur 40 à 50 cm, vers l'extérieur
  • Maille soudée de 25 mm sur le premier mètre depuis le sol
  • Hauteur de 1,80 m, ou enclos couvert
  • Trappe fermée chaque soir, automatique de préférence
  • Rien au sol qui attire : grain, œufs, restes

Ces cinq points se posent en une après-midi. Un doute sur votre installation : décrivez-nous votre enclos, nous vous dirons par quoi commencer.

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