Élever des poussins : les six premières semaines

Un poussin d'un jour ne régule pas sa température. C'est la seule chose vraiment critique des premières semaines, et tout le reste en découle. Voici comment se déroulent les six semaines qui séparent l'éclosion d'un jeune animal autonome, et les trois erreurs qui coûtent des poussins.

La chaleur, et pourquoi on ne la mesure pas

Les chiffres existent : autour de 32 à 35 °C sous la source de chaleur la première semaine, puis deux à trois degrés de moins chaque semaine, jusqu'à rejoindre la température ambiante vers la cinquième ou la sixième.

Ces chiffres servent à régler l'appareil le premier jour. Ensuite, ce sont les poussins qui vous disent la température, pas le thermomètre. Leur comportement est un instrument bien plus fiable que n'importe quelle sonde :

  • Entassés en tas serré sous la chaleur, qui piaillent fort : ils ont froid. Ils s'écrasent, et ceux du dessous étouffent.
  • Collés aux parois, loin de la source, bec ouvert, ailes écartées : ils ont trop chaud.
  • Répartis un peu partout, certains dessous, certains dehors, qui vont et viennent : c'est bon, ne touchez à rien.

C'est pour cette raison que la source de chaleur doit occuper une partie seulement de l'espace, jamais la totalité. Le poussin a besoin d'un endroit chaud et d'un endroit frais entre lesquels il choisit lui-même. Un espace chauffé uniformément lui retire cette possibilité.

Le tableau des six semaines

Semaine Sous la chaleur Ce qui change
1 32 à 35 °C Duvet seul. Ils dorment beaucoup, c'est normal
2 29 à 32 °C Les premières plumes des ailes apparaissent
3 26 à 29 °C Ils commencent à se percher sur tout ce qui dépasse
4 23 à 26 °C Le plumage couvre le corps, plus le cou ni la tête
5 20 à 23 °C Ils passent de moins en moins de temps sous la plaque
6 Ambiante Emplumés. La chaleur peut être coupée si la pièce ne descend pas

Ce calendrier suppose une pièce hors gel. Dans un local froid, décalez d'une semaine et fiez-vous au comportement, pas au tableau.

Plaque chauffante ou lampe : ce qui les sépare

Poussins rassemblés sous une lampe chauffante dans un local d'élevage

Les deux chauffent, elles ne font pas la même chose.

La lampe chauffe l'air et éclaire. C'est le problème : elle éclaire vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ce qui supprime la nuit. Les poussins mangent en continu, se reposent mal, et le picage entre eux commence souvent là. La lampe infrarouge classique chauffe aussi tout le volume, ce qui retire le choix dont on parlait plus haut. Et elle est la première cause d'incendie dans les élevages amateurs, parce qu'elle finit toujours par tomber ou par toucher la litière.

La plaque chauffante fonctionne autrement : elle rayonne par le dessous, à une hauteur réglable, et le poussin vient s'y coller comme il se glisserait sous une poule. Elle n'éclaire pas, donc la nuit existe. Elle ne chauffe que sa propre surface, donc le reste de l'espace reste frais et le choix demeure. Elle consomme aussi beaucoup moins.

Réglez-la juste assez haut pour que les poussins touchent le dessous avec le dos, et remontez-la d'un cran chaque semaine à mesure qu'ils grandissent.

L'eau, le seul vrai danger des premiers jours

Un poussin se noie dans deux centimètres d'eau. Une coupelle ordinaire, un fond de bol, un abreuvoir de poule adulte : ce sont les accidents classiques de la première semaine.

Il faut un abreuvoir à couronne peu profonde, où seule la tête passe. Si vous n'en avez pas encore, mettez des cailloux propres dans la coupelle pour occuper le volume, le temps de vous équiper. Changez l'eau tous les jours : à cette température, elle se charge vite.

La litière : ce qu'il ne faut surtout pas mettre

Pas de papier journal, pas de carton lisse, pas de bâche. Une surface glissante empêche le poussin de trouver appui, ses pattes s'écartent sur les côtés et l'articulation se déforme en quelques jours. C'est irréversible.

Des copeaux de bois dépoussiérés, sur trois à cinq centimètres, règlent la question. Évitez la sciure fine, que les tout jeunes picorent, et changez dès que c'est humide.

Quand ils sortent, quand ils rejoignent les grandes

Les premières sorties se font vers quatre à six semaines, par beau temps, sur un espace clos et à l'abri du vent, et on rentre le soir. Un poussin emplumé supporte le frais, il ne supporte ni la pluie ni le courant d'air.

L'intégration au troupeau adulte est une autre affaire et elle se fait plus tard, vers douze à seize semaines, quand la taille est proche. Une poule adulte considère un jeune comme un intrus, et la hiérarchie se règle par des coups de bec qu'un poussin ne supporte pas. La méthode qui marche est de les faire vivre côte à côte, séparés par un grillage, pendant une à deux semaines avant de les mélanger, et de faire la réunion le soir, à la tombée du jour, dans l'abri.

Sexer un poussin : la réponse honnête

Sur les races courantes, on ne sait pas, et personne ne sait avec certitude avant plusieurs semaines. Les méthodes qui circulent, la forme de l'aile, la couleur des pattes, le pendule, ne valent rien sur un poussin de basse-cour ordinaire.

Ce qui tranche vraiment se voit vers huit à douze semaines : la crête qui rougit et grossit plus tôt, les plumes pointues sur le cou et le bas du dos, la queue qui se recourbe, et le port plus haut. Le chant arrive plus tard encore. Comptez sur du temps, pas sur une astuce.

Le premier œuf

Une poulette pond entre 18 et 24 semaines selon la race, le plus souvent autour de 18 à 20. Les premiers œufs sont petits, parfois sans coquille ferme, et cela se régularise en quelques semaines.

C'est le moment de vérifier que la place suit : le barème complet est dans notre article sur combien de poules au mètre carré, et le nid se prépare avant la ponte plutôt qu'après, comme nous l'expliquons dans celui sur le pondoir.