Fabriquer un pondoir pour poules : ce qui se bricole et ce qui ne se bricole pas
Ramasser un œuf sale tous les matins, c'est le genre de contrariété qu'on finit par accepter. On ne devrait pas : c'est presque toujours le signe que le nid est mal placé ou mal fait, et cela se corrige. Un pondoir, c'est une caisse ; ce qui distingue un bon nid d'un mauvais tient dans trois détails que la caisse ne donne pas.
Combien de nids, et pourquoi elles font quand même la queue
Le repère est d'un nid pour trois à quatre poules. Il est juste sur le papier, et il ne se vérifie jamais dans un poulailler, parce qu'il repose sur une hypothèse fausse : que les poules se répartissent.
Elles ne se répartissent pas. Elles veulent toutes le même nid, celui qui est le plus sombre et le plus retiré, et elles y vont les unes après les autres. Vous verrez donc des files d'attente devant un nid pendant que le voisin reste vide toute la matinée. Ce n'est pas un défaut de conception, c'est le comportement normal de l'espèce.
La conséquence pratique est simple : calculez sur le repère, mais attendez-vous à ce qu'un nid porte l'essentiel de la ponte. C'est celui-là qui se salit, qu'il faut pouvoir nettoyer vite, et c'est aussi la raison d'avoir un nid de plus que le calcul, pas un de moins. Une poule qui attend trop longtemps finit par pondre au sol, et une fois qu'elle a pondu au sol, elle recommence.
Les cotes du nid
Pour une poule de format courant, comptez 30 centimètres dans les trois dimensions : 30 de large, 30 de profond, 30 de haut. Pour une race lourde, montez à 35 de large et de profond, et 35 à 40 de haut.
Plus grand n'est pas mieux. Un nid trop vaste cesse d'être un refuge, deux poules s'y installent ensemble et cassent l'œuf de l'autre. Le nid doit être juste assez grand pour une poule qui se retourne, et pas davantage.
Trois détails comptent autant que les cotes :
- Une lèvre à l'entrée, de 8 à 10 centimètres, pour retenir la litière et l'œuf à l'intérieur.
- Le noir. Une poule cherche l'obscurité pour pondre. Un nid ouvert et éclairé est un nid qu'elle boude.
- Un toit incliné, si le pondoir est posé contre un mur. Sinon elles dorment dessus, et ce qui tombe du perchoir improvisé atterrit devant l'entrée du nid.
Où le poser, et à quelle hauteur
Le nid se place plus bas que le perchoir, toujours. Une poule dort au point le plus élevé de l'abri : si c'est le pondoir, elle y dort, elle y fait ses déjections, et vous ramassez des œufs sales tous les matins. La règle des hauteurs et le reste de l'aménagement intérieur sont détaillés dans notre article sur les cotes que les plans ne donnent pas.
Le vrai sujet : ce qui arrive à l'œuf après la ponte

Un œuf pondu reste dans le nid jusqu'à votre passage. Entre les deux, trois choses peuvent lui arriver, et elles arrivent souvent.
- Il se salit. La poule entre et sort, elle amène de la terre, elle défèque parfois dans le nid.
- Il se casse. Une deuxième poule s'installe par-dessus, ou la première le pousse contre la paroi en se retournant.
- Il se fait manger. C'est le scénario que personne n'anticipe et le seul qui ne se rattrape pas.
Le picage des œufs commence toujours pareil : un œuf se casse par accident, la poule goûte, et elle recommence. Ensuite elle casse elle-même, elle apprend vite, et les autres l'imitent en la regardant. Une fois qu'une poule mange ses œufs, on ne l'en fait pratiquement plus revenir, et c'est le troupeau entier qui peut y passer. Toutes les méthodes de correction sont pénibles et incertaines. Empêcher le premier accident coûte infiniment moins cher que corriger l'habitude.
Ce que le fond incliné fait de plus
C'est le principe du pondoir à ramassage, parfois appelé pondoir à rouleau. Le fond du nid n'est pas plat : il est légèrement penché vers l'avant ou vers l'arrière, et couvert d'un tapis qui freine la descente. L'œuf pondu roule doucement, quitte le nid tout seul et tombe dans un bac fermé.
Ce qui change n'est pas le confort du ramassage, c'est que l'œuf n'est plus jamais sous la poule. Elle ne peut ni s'asseoir dessus, ni le pousser, ni le picorer, parce qu'il n'est plus là quand elle se relève. Les trois problèmes du paragraphe précédent disparaissent en même temps, et vous ramassez des œufs propres dans un bac plutôt que dans la paille.
C'est aussi ce qui rend le mécanisme difficile à improviser. La pente doit être assez forte pour que l'œuf parte, assez douce pour qu'il n'accélère pas, et le tapis doit amortir sans le retenir. Trop plat, l'œuf reste. Trop raide, il arrive contre la butée et se fêle. Ce réglage se trouve en série sur un modèle industriel ; il se trouve à tâtons, et souvent au prix de quelques œufs, quand on le bricole.
Ce qui se fabrique très bien
La caisse. Un nid de 30 sur 30, une lèvre à l'entrée, un toit incliné et un fond amovible pour le nettoyage : c'est du contreplaqué et une heure de travail, et le résultat vaut n'importe quel modèle du commerce. Si vous avez un poulailler en bois, le pondoir maison a même un avantage, il se dimensionne exactement à la place disponible.
Un point d'attention : privilégiez les surfaces lisses et les angles fermés. Un nid est chaud, sombre et occupé tous les jours, c'est-à-dire l'endroit préféré du pou rouge. Un fond qui se retire en entier, plutôt qu'un fond cloué, fait toute la différence au moment du traitement, comme nous l'expliquons dans notre article sur les poux rouges du poulailler.
Ce qui ne se fabrique pas
La pente calibrée et le bac de collecte. Ce ne sont pas des pièces compliquées, ce sont des pièces réglées, et la différence est là. Le reste du pondoir, vous le ferez aussi bien qu'un industriel.
Par où commencer
Si vous avez trois ou quatre poules et des œufs propres, une caisse maison suffit et vous n'avez rien à changer. Le fond incliné devient intéressant à partir du moment où vous ramassez des œufs sales ou fêlés régulièrement, ou si vous ne passez qu'une fois par jour : c'est exactement le cas où l'œuf reste des heures sous la poule.